Il est une figure indissociable de l’histoire moderne de la spiruline. Homme politique et ingénieur français, il a transformé une curiosité biologique en une solution industrielle contre la malnutrition.

Un parcours entre industrie et politique
Hubert Durand-Chastel a mené une double carrière de haut niveau :
- L’ingénieur et le dirigeant : Diplômé de l’École des Mines de Paris, il a effectué une grande partie de sa carrière au Mexique en tant que directeur général de Sosa Texcoco, une entreprise exploitant les sels minéraux du lac Texcoco.
- L’homme d’État : Représentant des Français établis hors de France, il a siégé au Sénat de 1990 à 2004. Ses travaux parlementaires ont souvent porté sur l’environnement, l’énergie et la coopération internationale.
Le « Père » de la spiruline industrielle
C’est au cours des années 1960, alors qu’il dirigeait l’usine Sosa Texcoco près de Mexico, qu’il a réalisé le potentiel exceptionnel de la Arthrospira platensis (spiruline).
La découverte et l’innovation
À l’origine, la spiruline était perçue comme une nuisance car elle obstruait les filtres d’extraction de carbonate de soude de son usine. Intrigué par cette « boue bleue » que les Aztèques consommaient jadis (le tecuitlatl), il a mobilisé des chercheurs de l’Institut Français du Pétrole (IFP) pour en analyser la composition.
Les étapes clés de son action :
- Caractérisation nutritionnelle : Il a contribué à prouver que la spiruline est l’un des aliments les plus complets au monde, avec un taux de protéines record (60 à 70 %).
- Création de la première usine : En 1973, il a lancé la première unité de production commerciale de spiruline au monde au Mexique.
- Lutte contre la faim : Convaincu de son utilité sociale, il a milité toute sa vie pour que cette algue soit utilisée dans les programmes humanitaires pour combattre la malnutrition infantile dans les pays en développement.
Son héritage
Grâce à son impulsion, la spiruline est passée du statut d’organisme sauvage à celui de culture contrôlée. Aujourd’hui, sa vision perdure à travers :
- Le développement de fermes de production à travers le monde (notamment en Afrique et en Asie).
- La reconnaissance de la spiruline par les instances internationales (OMS, ONU) comme « super-aliment ».
« La spiruline n’est pas seulement une algue, c’est un espoir pour l’humanité. » — Une philosophie qu’il a défendue jusqu’à la fin de sa vie.
Voici les innovations techniques majeures qu’il a impulsées au sein de Sosa Texcoco
1. Le passage du « sauvage » au « contrôlé »
Le lac Texcoco était un milieu naturel complexe. Durand-Chastel a transformé une récolte aléatoire en un processus semi-industriel en isolant la souche Arthrospira maxima.
- L’aménagement des bassins : Il a utilisé les infrastructures existantes de l’usine de soude (des évaporateurs solaires géants appelés « caracoles ») pour favoriser la croissance de l’algue dans des eaux à forte alcalinité (pH élevé), ce qui empêchait la prolifération d’autres organismes toxiques.
2. L’innovation de la récolte mécanique
C’était le défi principal : comment séparer une algue microscopique de millions de litres d’eau ?
- La filtration : Il a mis au point des systèmes de tamis rotatifs et de filtres à bandes capables de récupérer la biomasse sans briser les filaments fragiles de la spiruline.
- La concentration : Il a instauré un système de nettoyage à l’eau claire pour éliminer l’excès de sels minéraux (carbonates) issus du lac, garantissant ainsi un produit propre à la consommation humaine.
3. La technique du séchage par atomisation (Spray-drying)
C’est sans doute l’apport technique le plus crucial pour la conservation.
- Le problème : La spiruline fraîche est très périssable (elle tourne en quelques heures à cause de sa richesse en protéines).
- La solution : Durand-Chastel a adapté la technique du spray-drying (utilisée pour le lait en poudre). La pâte de spiruline est pulvérisée en fines gouttelettes dans un courant d’air chaud.
- Le résultat : L’eau s’évapore instantanément, transformant l’algue en une poudre fine et stable, tout en préservant ses vitamines et ses pigments (comme la phycocyanine) qui sont sensibles à une chaleur prolongée.
4. Un modèle de « Bioraffinerie » avant l’heure
Il a mis en place un système circulaire :
- L’eau du lac servait à l’extraction de la soude.
- La chaleur résiduelle de l’usine était réutilisée pour le séchage de l’algue.
- Le milieu de culture était recyclé.