Spiruline.bio
Annexes Techniques (A1–A31)

Annexes Techniques (A1–A31)

SOMMAIRE DES ANNEXES

A1) Influence de différents facteurs sur la croissance
A2) Mesure de la concentration en spiruline
A3) Mesure de la salinité
A4) Mesure du pH
A5) Mesure de l’alcalinité
A6) Tests de qualité faciles à réaliser
A7) Absorption du CO2 atmosphérique
A8) Interaction Photosynthèse/Absorption du CO2
A9) Productivité en fonction de l’ombrage
A10) Consommation d’eau en fonction de l’ombrage
A11) Correspondance entre pH et rapport CO2/base
A12) Mélanges de carbonate et de bicarbonate de sodium
A13) Neutralisation de l’eau de cendre
A14) Composition de divers produits
A15) Matériel de laboratoire utile
A16) Produits chimiques
A17) Normes de la spiruline
A18) Limites de concentrations dans le milieu de culture
A19) Composition élémentaire de la spiruline
A20) Composition nutritionnelle de la spiruline
A21) Éléments de prix de revient et fournisseurs
A22) Pour comparer les spirulines à d’autres algues
A23) Spirulines vues au microscope
A24) Pour ceux qui ont de l’électricité
A25) Hivernage
A26) Formules d’Oligo-éléments
A27) Modèles de Séchoirs
A28) Projet semi-artisanal de 5 kg/jour
A29) Check list pour démarrage de spiruline
A30) Spiruline humanitaire dans les PVD (par P. Ancel, mai 2004)
A31) Adoucissement de l’eau


A1) Influence de différents facteurs sur la croissance

Nous présentons ici des courbes de croissance obtenues à partir de mesures de densité optique. La première série de graphiques (fig. A1) montre l’effet de différentes concentrations en nutriments.

Courbes de croissance

A2) Mesure de la concentration en spiruline

1) Avec spectrophotomètre (méthode la plus fiable)

La mesure de densité optique (OD) à 680 nm permet une évaluation directe de la concentration en spiruline. Cette méthode est très largement utilisée dans la recherche et l’industrie.

Relation OD / concentration :
Une OD de 1.0 à 680 nm correspond à environ 0.5 g/L de spiruline sèche.

Protocole simplifié :
1. Remplir une cuve de 1 cm d’épaisseur avec le milieu de culture sans spiruline
2. Faire un blanc avec ce milieu
3. Remplir une cuve avec une dilution de la culture à mesurer
4. Mesurer l’OD à 680 nm
5. Multiplier l’OD mesurée par le facteur de dilution
6. Multiplier par 0.5 pour obtenir la concentration en g/L

2) Mesure du poids sec

C’est la méthode de référence.

Protocole :
1. Peser un filtre sec (m1)
2. Filtrer un volume connu de culture (ex : 100 mL)
3. Rincer le filtre avec de l’eau distillée
4. Sécher le filtre à 105°C jusqu’à poids constant (au moins 2 heures)
5. Peser le filtre + spiruline (m2)
6. Concentration = (m2 – m1) / volume filtré * 1000

3) Estimation visuelle

Pour une évaluation rapide en terrain :

– Très dilué (vert clair) : 0,1 à 0,3 g/L
– Dilué (vert) : 0,3 à 0,7 g/L
– Normal (vert-bleu) : 0,7 à 2 g/L
– Concentré (bleu-vert) : 2 à 5 g/L
– Très concentré (bleu) : > 5 g/L

A3) Mesure de la salinité

Avec un réfractomètre :

Le réfractomètre est l’outil idéal pour mesurer rapidement la salinité en terrain.

Protocole :
1. Nettoyer le réfractomètre avec un chiffon doux
2. Placer une goutte de solution à mesurer sur la vitre inférieure
3. Fermer le couvercle
4. Observer l’échelle à travers l’oculaire et lire la valeur de salinité
5. La limite bleu-blanc donne directement la salinité en %

Etalonnage :
– Avant chaque utilisation, tester avec de l’eau pure (0%)
– Corriger si nécessaire avec la vis de calibration

A4) Mesure du pH

Avec un pH-mètre électronique :

Protocole :
1. Rincer les électrodes avec de l’eau distillée
2. Étalonner l’appareil avec des solutions tampon (pH 7 et pH 9 ou 10)
3. Rincer les électrodes
4. Immerger les électrodes dans l’échantillon à mesurer
5. Attendre la stabilisation (30 secondes environ)
6. Lire la valeur

Avec du papier pH :

Moins précis mais utile en terrain :

1. Tremper une bande de papier pH dans l’échantillon
2. Comparer la couleur avec l’échelle fournie
3. Lire la valeur

A5) Mesure de l’alcalinité

Titrage à l’acide chlorhydrique :

C’est la méthode la plus précise pour mesurer l’alcalinité.

Protocole :
1. Prélever 50 mL de culture
2. Ajouter 3 gouttes de phénolphtaléine
3. Si la couleur devient rose/rouge :

  • Titrer avec HCl 0,1 N jusqu’à disparition de la couleur rose (V1)

4. Ajouter 3 gouttes de méthyle orange
5. Titrer avec HCl 0,1 N jusqu’à virage du jaune à l’orange (V2)

Calculs :
– Alcalinité totale = (V1 + V2) * N * 50 meq/L
– Ou en g/L de CaCO3 : (V1 + V2) * N * 2,5 g/L
où N est la normalité de l’acide utilisé

A6) Tests de qualité faciles à réaliser

1) Test de pureté visuels

Observer au microscope :

– Les filaments doivent tous être spiralés
– Pas d’algues vertes visibles
– Pas de bactéries ou champignons visibles

2) Test de viabilité après séchage

1. Prendre 1 g de spiruline séchée
2. Ajouter 50 mL de milieu Zarrouk dilué de moitié
3. Laisser 24 heures en lumière
4. Vérifier que la culture repart

3) Test de contamination bactérienne

1. Prélever 0,1 mL de culture
2. Diluer en série (10-3, 10-4, 10-5)
3. Verser sur gélose nutritive
4. Incuber 24 heures à 37°C
5. Compter les colonies (ne doit pas dépasser quelques centaines par mL)

4) Test de goût après réhydratation

1. Réhydrater 1 g de spiruline séchée dans 50 mL d’eau
2. Goûter (en petite quantité)
3. Le goût doit être frais, sans saveur « off » ou rancidité

A7) Absorption du CO2 atmosphérique

La spiruline peut absorber directement le CO2 de l’atmosphère. Ceci est particulièrement important dans les systèmes extensifs.

Quantité absorbée :
Sous forme carbonatée, la spiruline contient environ 9% de carbone. Lors de la croissance, la majeure partie du CO2 provient du système tampon (carbonate/bicarbonate) du milieu, mais une part non négligeable peut être absorbée directement de l’air.

Avantages :
– Réduit la dépendance aux apports externes de carbone
– Améliore l’équilibre carbone-azote
– Contribue à réduire le CO2 atmosphérique

A8) Interaction Photosynthèse/Absorption du CO2

L’absorption du CO2 et la photosynthèse sont intimement liées :

Photosynthèse : CO2 + H2O → (CH2O) + O2
Source du CO2 : Milieu de culture (surtout) + absorption atmosphérique (moins)

Taux de photosynthèse :
– Maximale sous lumière optimale
– Dépend de la concentration en CO2 disponible
– Dépend de la température (optimale vers 35-38°C)
– Diminue si la lumière ou le CO2 devient limitant

Rendement énergétique :
L’efficacité photosynthétique dépend du type d’organisme. Les cyanobactéries comme la spiruline ont une efficacité théorique de conversion lumineuse vers biomasse d’environ 5-8%, contre 2-4% pour les plantes supérieures.

A9) Productivité en fonction de l’ombrage

L’ombrage affecte considérablement la productivité :

Productivité (g/m²/jour) :
– Plein soleil (100%) : 7-12 g/m²/jour
– 75% de lumière : 5-9 g/m²/jour
– 50% de lumière : 3-6 g/m²/jour
– 25% de lumière : 1-2 g/m²/jour
– Lumière faible : croissance très réduite

Optimum économique :
Considérant les coûts de climatisation et d’énergie, un ombrage de 20-30% est souvent optimal pour les zones très chaudes.

A10) Consommation d’eau en fonction de l’ombrage

Perte d’eau (évaporation + transpiration) :
– Plein soleil : 10-20 mm/jour
– 50% d’ombrage : 5-10 mm/jour
– 70% d’ombrage : 2-5 mm/jour

Remarques :
– Ces chiffres varient selon le climat local
– L’humidité relative diminue l’évaporation
– La vitesse du vent augmente l’évaporation
– Un ombrage réduit les besoins en eau

A11) Correspondance entre pH et rapport CO2/base

Système tampon du Zarrouk :

Le milieu de culture contient un système tampon carbonate/bicarbonate qui contrôle le pH.

Équilibre chimique :
CO2 + H2O ⇌ H2CO3 ⇌ H+ + HCO3- ⇌ 2H+ + CO3²-

Relation pH / alcalinité :
– pH 8,5 : surtout HCO3- (bicarbonate)
– pH 9,5 : mélange CO3²- / HCO3-
– pH 10,5 : surtout CO3²- (carbonate)
– pH 11 : surtout CO3²- (carbonate)

Pour la spiruline :
L’optimum se situe entre pH 9 et 11, avec une préférence pour pH 10.

A12) Mélanges de carbonate et de bicarbonate de sodium

Pour obtenir un pH spécifique, on peut mélanger Na2CO3 et NaHCO3 dans des proportions différentes :

Pour pH 8,5 : 1 part Na2CO3 + 10 parts NaHCO3
Pour pH 9,0 : 1 part Na2CO3 + 5 parts NaHCO3
Pour pH 9,5 : 1 part Na2CO3 + 2 parts NaHCO3
Pour pH 10,0 : 1 part Na2CO3 + 0,5 parts NaHCO3
Pour pH 10,5 : 1 part Na2CO3 + 0,2 parts NaHCO3
Pour pH 11,0 : Na2CO3 pur

Ces proportions sont approximatives et peuvent varient légèrement selon les conditions locales.

A13) Neutralisation de l’eau de cendre

L’eau de cendre est alcaline (pH élevé) car elle contient des hydroxydes et carbonates de potassium et de sodium.

Pour réduire le pH :

Méthode 1 : par aération
L’aération provoque l’évaporation du CO2, ce qui diminue l’alcalinité et le pH progressivement. C’est la méthode la plus douce.

Méthode 2 : par ajout de CO2
Bubler du CO2 pur (ou de l’air enrichi en CO2) jusqu’à atteindre le pH désiré.

Méthode 3 : dilution
Diluer l’eau de cendre avec de l’eau distillée ou de l’eau de pluie jusqu’à obtenir le pH souhaité.

Méthode 4 : ajout d’acide faible
En dernier recours, on peut ajouter très lentement un acide faible (acide acétique par exemple) en contrôlant bien le pH.

A14) Composition de divers produits

Engrais NPK usuels :

Produit N (%) P (%) K (%)
Nitrate d’ammonium 35
Superphosphate simple 16-20
Chlorure de potassium 60
Engrais NPK 15-15-15 15 15 15

Produits contenant des oligo-éléments :

Élément Produit Pourcentage
Fer Sulfate de fer 20
Magnésium Sulfate de magnésium (sel d’Epsom) 10
Manganèse Sulfate de manganèse 32
Zinc Sulfate de zinc 35
Cuivre Sulfate de cuivre 25
Bore Acide borique 17

A15) Matériel de laboratoire utile

Pour les mesures :
– pH-mètre électronique
– Réfractomètre (pour la salinité)
– Spectrophotomètre (pour concentration en spiruline)
– Thermomètre
– Balance analytique (0,1 g précision)
– Pipettes et burettes

Pour la préparation :
– Béchers
– Fioles jaugées
– Entonnoirs
– Pipette Pasteur
– Baguettes de verre
– Filtres et papier filtre

Pour l’observation :
– Microscope optique
– Lames et lamelles
– Compte-cellules (hémocytomètre)

Pour le travail en culture :
– Autoclave (ou cocotte-minute)
– Érlenmeyers et fioles
– Tubes à essai
– Portoir
– Pipettes stériles
– Boîtes de Pétri

A16) Produits chimiques

Produits pour la préparation du milieu Zarrouk :

Composant Formule Quantité (g/L)
Nitrate de sodium NaNO3 2,5
Phosphate dibasique de potassium K2HPO4 0,5
Sulfate de potassium K2SO4 1,0
Chlorure de sodium NaCl 1,0
Sulfate de magnesium MgSO4·7H2O 0,2
Chlorure de calcium CaCl2·2H2O 0,04
Chlorure de fer III FeCl3·6H2O 0,008
EDTA disodique Na2EDTA·2H2O 0,080
Bicarbonate de sodium NaHCO3 16,8
Carbonate de sodium Na2CO3 2,46

Oligo-éléments :

Voir annexe A26 pour les formules complètes

A17) Normes de la spiruline

Normes internationales pour la spiruline destinée à la consommation humaine :

Composition nutritionnelle (matière sèche) :
– Protéines : 60-70%
– Lipides : 5-10%
– Glucides : 10-20%
– Minéraux : 5-10%

Teneur en chlorophylle :
– Minimum 0,5% de la matière sèche

Métaux lourds (limites usuelles) :
– Plomb : max 2 mg/kg
– Cadmium : max 0,5 mg/kg
– Arsenic : max 1 mg/kg
– Mercure : max 0,5 mg/kg

Contamination microbienne :
– Coliformes E. coli : < 10 UFC/g
– Staphylococcus aureus : < 1000 UFC/g
– Salmonella : absence dans 25 g
– Listeria monocytogenes : absence dans 25 g

Activité de l’eau (aw) :
– Pour la poudre séchée : aw < 0,65

A18) Limites de concentrations dans le milieu de culture

Concentrations optimales et limites :

Paramètre Valeur minimale Valeur optimale Valeur maximale
pH 9,0 10,0-10,5 11,0
Concentration en spiruline (g/L) 0,5 2,0-4,0 8,0
Salinité (%) 0,5 0,8-1,2 2,0
Température (°C) 15 35-38 42
Azote (mg/L) 100 250-500 1000
Phosphore (mg/L) 20 50-100 300
Potassium (mg/L) 100 300-600 1500
Magnésium (mg/L) 20 50-100 500
Fer (µg/L) 50 500-1000 5000

Remarques importantes :
– Dépassér la concentration limite de spiruline peut provoquer une auto-ombrage excessif
– Une température trop basse ralentit la croissance
– Une salinité trop élevée peut inhiber la croissance

A19) Composition élémentaire de la spiruline

Composition en pourcentage de matière sèche :

Élément Pourcentage
Carbone (C) 48-50
Azote (N) 8-10
Hydrogène (H) 6-7
Oxygène (O) 23-25
Phosphore (P) 0,8-1,0
Soufre (S) 0,6-0,8
Potassium (K) 1,0-1,2
Magnésium (Mg) 0,3-0,5
Calcium (Ca) 0,2-0,3
Sodium (Na) 0,5-1,0
Traces (Fe, Mn, Zn, Cu, etc.) 0,1-0,2

A20) Composition nutritionnelle de la spiruline

Composition pour 100 g de spiruline sèche :

Composant Quantité Unité
Protéines brutes 60-70 g
Acides gras polyinsaturés 4,0 g
Glucides disponibles 10-15 g
Fibres 3,0 g
Minéraux (cendres) 7-9 g
Eau (poudre séchée) 3-5 g
Énergie 380-390 kcal
Vitamines (pour 10 g)
Vitamine A (équivalent bêta-carotène) 4,7 mg
Vitamine E 1,5 mg
Vitamine B1 (thiamine) 0,3 mg
Vitamine B2 (riboflavine) 0,4 mg
Vitamine B3 (niacine) 1,2 mg
Vitamine B6 0,1 mg
Vitamine B12 (cyanocobalamine) 0,15 µg
Acide folique 0,035 mg
Minéraux (pour 10 g)
Calcium 0,28 g
Phosphore 0,10 g
Magnésium 0,04 g
Potassium 0,15 g
Sodium 0,06 g
Fer 3,2 mg
Zinc 0,4 mg
Manganèse 0,2 mg
Cuivre 0,1 mg
Iode 0,05 mg

A21) Éléments de prix de revient et fournisseurs

Coûts de production estimés (en euros, pour une petite production):

Poste de dépense Montant annuel estimé Notes
Nutriments (sels) 500-1000 Pour 2-3 kg de spiruline sèche
Eau (si achetée) 200-500 Selon zone, peut être gratuit si puits
Main-d’œuvre Variable Travail quotidien
Électricité (pompe, lumière) 200-500 Si petit système manuel, 0
Maintenance, remplacement filtres 100-300
Transport du produit Variable

Fournisseurs typiques (liste non exhaustive) :

Les produits chimiques peuvent être achetés auprès de :

– Distributeurs de produits chimiques locaux
– Pharmacies vétérinaires
– Fournitures agricoles
– Fournisseurs d’aquariophilie

– Fournisseurs industriels en ligne (avec prudence sur la qualité)

A22) Pour comparer les spirulines à d’autres algues

Comparaison de la spiruline avec d’autres micro-algues :

Caractéristique Spiruline Chlorella Dunaliella Scenedesmus
Type Cyanobactérie Algue verte Algue verte Algue verte
Teneur en protéines (%) 60-70 50-60 60-70 50-70
Digestibilité Bonne Excellente Bonne Bonne
Coûts de production Faibles Moyens Moyens Moyens-Élevés
pH optimal 9-11 6,5-7,0 7,0 7,0
Température optimale (°C) 35-38 25-30 20-25 25-30
Salinité optimale (%) 0,8-1,2 0,5 1,5-2,5 0,5
Productivité (g/m²/jour) 5-12 3-8 2-5 3-6
Avantages Facile, robuste, productif Haute qualité, digeste Riche en bêta-carotène Oméga-3
Inconvénients Aucun majeur Coût plus élevé Moins robuste Contamination facile

A23) Spirulines vues au microscope

Description morphologique :

La spiruline (*Arthrospira*) est une cyanobactérie filamenteuse qui se présente sous forme de longs filaments hélicoïdaux (en spirale) d’environ 0,5-1 mm de longueur.

Observations au microscope optique :

Grossissement x 40 ou x 100 :
– Filaments hélicoïdaux très caractéristiques
– Couleur bleu-vert due à la phycocyanine
– Cellules bien alignées dans le filament
– Absence de paroi rigide (flexible)

Contaminations visibles au microscope :

Algues vertes : formes varies, structures différentes
Bactéries : très petites, mobiles, diverses formes
Champignons : filaments ramifiés (distincts du spiruline)
Protozoaires : formes complexes, mobiles, de diverses tailles
Particules de saleté : amorphes, non pigmentées

Observations de bonne santé :
– Filaments bien alignés et réguliers
– Coloration bleu-vert uniforme
– Absence visible de contaminants
– Mobilité normale du liquide

A24) Pour ceux qui ont de l’électricité

Certains équipements électriques peuvent améliorer la productivité et faciliter la gestion :

Systèmes d’aération :
– Aérateur électrique : apporte CO2 et énergie à l’eau
– Avantages : meilleure croissance, plus de productivité
– Coût : 100-500€ selon taille
– Consommation : 100-500W

Systèmes de chauffage :
– Radiateur électrique ou thermoplongeur
– Utile dans zones froides
– Thermostat recommandé
– Coût : 50-200€
– Consommation : 500-2000W

Éclairage additionnel :
– Lampes LED ou fluorescentes (moins chaudes que l’incandescence)
– Améliore la productivité par mauvais temps
– Coût : 100-300€
– Consommation : 100-200W

Pompes :
– Pour renouvellement d’eau, alimentation, traitement
– Submersibles ou de surface
– Coût : 50-200€
– Consommation : 50-300W

Filtres mécaniques :
– Pour filtration avant récolte
– Électriques ou manuels
– Coût : 100-500€
– Consommation : 50-200W

Règle générale :
Pour une production de 2-5 kg/jour, on n’a pas vraiment besoin d’électricité. Avec électricité, la productivité peut être multipliée par 2-3.

A25) Hivernage

En climat tempéré ou froid, comment conserver la spiruline en hiver :

Méthode 1 : Pause d’hivernage

La spiruline peut supporter plusieurs mois d’hivernage si on la place en conditions minimales :

1. Réduire progressivement la température à 10-15°C
2. Réduire la lumière (pas d’éclairage additionnel, seulement lumière naturelle)
3. Réduire les apports en nutriments
4. Ne pas récolter pendant cette période
5. Au printemps, augmenter progressivement température et lumière

Méthode 2 : Stockage sous forme sèche

1. Récolter et sécher le plus complètement possible
2. Stocker à température ambiante, à l’abri de l’humidité et de la lumière
3. En ressemis au printemps, réhydrater progressivement dans du milieu frais
4. Laisser s’acclimater quelques jours avant de reprendre la production

Méthode 3 : Culture d’hivernage en serre

Si on a une serre, on peut maintenir la production réduite en hiver avec :

1. Serre chauffée (minimum 15°C)
2. Éclairage LEDadditionnel
3. Production réduite mais continue

Remarque importante :
La spiruline ne craint pas le froid (<5°C) en tant que tel, mais elle arrête sa croissance. Une congélation prolongée peut la tuer.

A26) Formules d’Oligo-éléments

Solution d’oligo-éléments pour 1 litre de milieu de culture :

Recette A (formule simple) :

À ajouter pour 1 liter de milieu :

Composant Masse (mg)
FeCl3·6H2O (chlorure de fer III) 8
MnCl2·4H2O (chlorure de manganèse) 4
ZnCl2 (chlorure de zinc) 3
CuSO4·5H2O (sulfate de cuivre) 2
CoCl2·6H2O (chlorure de cobalt) 0,5
H3BO3 (acide borique) 2,5
Na2MoO4·2H2O (molybdate de sodium) 0,5

Préparation :
1. Dissoudre chaque sel dans un peu d’eau distillée
2. Bien mélanger
3. Diluer le tout dans 1 litre de milieu
4. Bien homogénéiser

Recette B (formule avec EDTA pour meilleure biodisponibilité) :

Pour 1 litre de milieu :

Composant Masse (mg)
Na2EDTA·2H2O (EDTA disodique) 80
FeSO4·7H2O (sulfate de fer) 140
MnSO4·H2O (sulfate de manganèse) 20
ZnSO4·7H2O (sulfate de zinc) 30
CuSO4·5H2O (sulfate de cuivre) 2
CoCl2·6H2O (chlorure de cobalt) 2
H3BO3 (acide borique) 50
Na2MoO4·2H2O (molybdate de sodium) 1

Remarques :

– La recette B avec EDTA offre une meilleure disponibilité des éléments
– EDTA est un complexant qui chélate les métaux et améliore l’absorption par la spiruline
– Les deux recettes donnent de bons résultats en pratique

A27) Modèles de Séchoirs

1. Séchoir solaire simple

Description :
– Cadre en bois avec film plastique transparent
– Plateau perforé pour poser la spiruline
– Aération naturelle

Avantages :
– Très bas coût (20-50€)
– Simple à construire
– Pas d’électricité

Inconvénients :
– Dépend du climat
– Séchage lent (2-3 jours)
– Risque de pluie ou d’insectes

2. Séchoir solaire ventilé

Description :
– Boîte isolée thermiquement
– Film plastique transparent sur le toit
– Petit ventilateur (batterie solaire) pour la circulation d’air
– Grilles empilables

Avantages :
– Meilleur contrôle
– Séchage plus rapide (18-24h)
– Protection contre les contaminants
– Pas d’électricité externe

Inconvénients :
– Coût plus élevé (100-300€)
– Maintenance du ventilateur

3. Séchoir électrique à air chaud

Description :
– Boîte thermiquement isolée
– Résistance électrique chauffante
– Ventilateur pour circulation d’air
– Thermostat pour contrôler la température
– Bac de collecte du condensat

Avantages :
– Très rapide (6-8 heures)
– Excellent contrôle de la température (35-45°C optimal)
– Protection complète
– Reproductible

Inconvénients :
– Coût plus élevé (500-2000€)
– Consommation d’électricité (1-2 kW)

4. Séchoir sous-vide

Description :
– Chambre sous vide partiel
– Chauffage doux (30-40°C)
– Récupération du condensat

Avantages :
– Température basse = meilleure conservation des vitamines
– Très efficace

Inconvénients :
– Très coûteux (3000€+)
– Complexe à utiliser

Choix recommandé pour petite production :
Le séchoir solaire ventilé ou le séchoir électrique simple offrent le meilleur compromis qualité/coût/performance.

A28) Projet semi-artisanal de 5 kg/jour

Objectif : Production de 5 kg/jour de spiruline sèche (soit environ 25 kg/jour de biomasse mouillée)

Dimensions du bassin :
– Bassin de 50 m² de surface (ex : 10 m x 5 m)
– Profondeur : 0,3 m
– Volume : 15 m³
– Charge volumique à 4 g/L : 60 kg de spiruline fraîche

Bassin de maturation :
– 5 m² pour décantation/clarification
– Profondeur : 0,5 m

Équipements :
– Aérateur mécanique : 10-20 kW
– Pompes (alimentation, vidange) : 2-3 kW
– Filtres (tambour rotatif, toile inox) : 1-2 kW
– Séchoir électrique : 3-5 kW
– Moulins, stockage : divers

Consommation d’eau :
Environ 50-100 L/kg de produit sec (soit 250-500 L/jour pour 5 kg)

Consommation d’électricité :
– Aération : 6-8 heures/jour (60-160 kWh/jour)
– Pompes : 4-6 heures/jour (20-30 kWh/jour)
– Filtration : 2-3 heures/jour (5-10 kWh/jour)
– Séchage : 10-12 heures/jour (30-60 kWh/jour)
Total : 115-260 kWh/jour

Coûts annuels estimés :

Poste Coût annuel
Nutriments 10 000€
Électricité (0,15€/kWh) 6 300€
Eau 500€
Maintenance 3 000€
Main-d’œuvre Variable
Amortissement du matériel ~50 000€/5 ans = 10 000€
TOTAL (sans main-d’œuvre) ~30 000€/an

Revenus estimés :

À 50€/kg en gros :

5 kg/jour × 350 jours/an × 50€/kg = 87 500€

Marge brute : 87 500€ – 30 000€ = 57 500€ (avant main-d’œuvre)

Remarques :
– Ces chiffres sont des estimations et peuvent varier significativement
– La main-d’œuvre est un coût important non inclus
– Meilleur rendement obtenu avec système d’aération adéquat
– Qualité et prix varient selon les marchés

A29) Check list pour démarrage de spiruline

Avant de commencer :

1. Déterminer les objectifs (hobby, petite vente, grande production)
2. Choisir le type de système (ouvert, semi-fermé, fermé)
3. Évaluer le climat local (température, ensoleillement)
4. Vérifier les ressources (eau, électricité, espace)
5. Rechercher et se former

Infrastructure et matériel :

[] Bassin de culture (dimensions selon objectifs)
[] Système d’aération (aérateur électrique ou paddle-wheel)
[] Pompes (alimentation, vidange)
[] Tuyauterie et connexions
[] Filtration (filtre tambour ou toile fine)
[] Séchoir (solaire ou électrique)
[] Moulins/broyeurs
[] Système de mesure (pH, température, salinité, OD)
[] Équipements de sécurité (gants, masques)

Produits chimiques :

[] Nitrate de sodium (NaNO3)
[] Phosphate (K2HPO4)
[] Sulfate de potassium (K2SO4)
[] Chlorure de sodium (NaCl)
[] Sulfate de magnésium (MgSO4)
[] Chlorure de calcium (CaCl2)
[] Chlorure de fer (FeCl3)
[] EDTA disodique
[] Bicarbonate de sodium (NaHCO3)
[] Carbonate de sodium (Na2CO3)
[] Oligo-éléments (divers sels)

Culture de démarrage :

[] Obtenir une culture de démarrage fiable (contact avec producteur, etc.)
[] Tester sa qualité (couleur, pureté, vigueur)
[] Prévoir un petit bassin de multiplication

Connaissances :

[] Lire ce manuel en entier
[] Pratiquer les mesures de base (pH, température)
[] Comprendre les principes de nutrition
[] Connaître les contaminants possibles
[] Savoir récolter et sécher correctement

Démarrage :

[] Préparer le milieu de culture
[] Inoculer le bassin
[] Vérifier le pH et la température
[] Laisser s’acclimater 2-3 jours
[] Commencer aération douce
[] Monitorer quotidiennement (pH, température, apparence)

Premiers jours :

[] Phase de latence (1-3 jours) : peu de changement visible
[] Phase exponentielle (3-7 jours) : croissance rapide
[] Phase stationnaire : stabilisation
[] Commencer légères récoltes après 2-3 semaines

A30) Spiruline humanitaire dans les PVD (par P. Ancel, mai 2004)

Introduction

La spiruline offre une solution prometteuse pour la malnutrition dans les pays en développement (PVD), particulièrement en zones tropicales et semi-arides.

Avantages spécifiques pour les PVD :

1. Production locale simple : Pas besoin de technologie sophistiquée
2. Coûts bas : Surtout si électricité minime
3. Nutrition : 60-70% protéines, riche en fer et vitamines
4. Disponibilité : Production toute l’année en zones chaudes
5. Acceptabilité culturelle : Facilement intégrable dans l’alimentation traditionnelle

Applications humanitaires :

1. Complément alimentaire pour enfants malnutris

Dosage : 2-3 g/jour pour enfant de 5-10 ans
Amélioration visible en 3-4 mois
Peut être mélangée à la farine locale

2. Enrichissement des repas collectifs

Écoles, orphelinats, hôpitaux
5-10 g/jour par personne
Améliore l’indice de masse corporelle

3. Prévention de l’anémie ferriprive

Riche en fer hautement biodisponible
Particulièrement utile pour femmes enceintes/allaitantes
Dosage : 3-5 g/jour

4. Soutien aux malades du VIH/SIDA

Renforce le système immunitaire
Facilement digestible
Dosage : 5-10 g/jour

Défis et solutions :

Défi Solution
Coûts initiaux du bassin Sponsorships, micro-finance, partenariats
Stabilité de la culture Formation adéquate, réseaux d’entraide
Contamination en zone chaude/humide Hygiène stricte, faible salinité réduit risques
Acceptabilité locale Éducation, recettes traditionnelles, sensibilisation
Distribution Circuits courts, partenariats santé locaux

Résultats probants :

Plusieurs projets pilotes en Afrique de l’Ouest et du Centre ont montré :

– Augmentation de poids : 2-4 kg en 6 mois chez enfants
– Augmentation de l’hémoglobine : 1-2 g/dL en 3 mois
– Amélioration de l’appétit et énergie
– Réduction des infections opportunistes

Recommandations :

1. Démarrer petit (petit bassin communautaire)
2. Former une équipe locale durable
3. Lier à un programme nutritionnel plus large
4. Évaluer régulièrement les résultats
5. Pérenniser par génération de revenus (petite vente locale)

A31) Adoucissement de l’eau

Problème :

Beaucoup d’eaux naturelles contiennent des sels de calcium et magnésium qui la rendent « dure ». Cela pose des problèmes dans la culture de spiruline :

1. Précipitation de calcaire (CaCO3)
2. Blocage des filtres
3. Perturbation du système tampon pH

Solutions d’adoucissement :

1. Résines échangeuses d’ions

Cartouches de résine commerciales
Principe : Na+ remplace Ca²+ et Mg²+
Avantages : Efficace, rapide
Inconvénients : Coûteux, régénération périodique
Coût : 100-300€ pour petit système

2. Chaux-soude (chimique)

Ajouter Ca(OH)2 puis Na2CO3
Précipite le Ca et Mg en bas du bac
Ensuite décanter
Avantages : Peu coûteux
Inconvénients : Lent, laisse résidus
Coût : 5-20€

3. Osmose inverse

Membranefine sous pression
Élimine tous les sels
Avantages : Très pur
Inconvénients : Très coûteux, gaspille 2/3 de l’eau
Coût : 500€ et plus

4. Distillation

Évaporation et condensation
Très pur
Coûteux en énergie
Coût énergétique important

5. EDTA (moins usuel)

Chélation des métaux
Ne réduit pas vraiment la « dureté »
Utilité mineure pour ce problème

Recommandation pratique :

Pour petite production :

– Si eau modérément dure : diluer avec eau de pluie
– Si eau très dure : utiliser résines échangeuses (investissement initial)
– Aération et décantation : méthode gratuite mais lente

Mesure de la dureté :

Dureté en °f (français) = (Ca²+ meq/L + Mg²+ meq/L) × 5

Échelle :
– < 7°f : eau très douce
– 7-15°f : eau douce
– 15-30°f : eau modérément dure
– > 30°f : eau très dure

NB 1 : Le Mg suit le même sort.

NB 2 : Il est fortement déconseillé de stocker l’eau épurée à la lumière car il y a risque de développement de microorganismes toxiques.